Item from Annette Tamuly

Frédéric Lenoir, Le Miracle Spinoza (Fayard, novembre 2017)

Outre l’extraordinaire modernité de Spinoza (1632-1677), ce qui frappe avant tout c’est que cet homme, que Lenoir qualifie de « meurtri » (une santé fragile, des deuils nombreux dont la perte de sa mère à 6 ans, un amour malheureux et surtout le bannissement de sa communauté) cet homme a pourtant fondé toute sa philosophie sur la joie et même la béatitude.

Ce que j’admire aussi chez Spinoza, c’est l’extraordinaire cohérence entre sa philosophie et son mode de vie.

Il nous propose une vision totalement nouvelle et de Dieu et de la religion. Dieu n’est pas le Dieu révélé du judaïsme ou de la chrétienté, un Dieu créateur. Nous connaissons tous la fameuse formule « Deus sive Natura ». Dieu, pour Spinoza, est la Nature, c’est-à-dire le Cosmos ou l’Absolu. Au-delà de tout anthropomorphisme, Dieu est la substance éternelle qui se manifeste en tout. Il est Etendue (matière) tout autant qu’Esprit. Il n’y a donc pas de dualisme corps/esprit (monisme). L’homme est une partie intégrante de ce Tout et constitue, lui aussi une entité corps/esprit. Nous pensons donc aussi à partir de notre corporéité, c’est-à-dire, de notre corps, mais aussi de nos sentiments et nos affects.

Tout obéissant à la loi de causalité, il est possible de connaître le réel aussi bien que l’homme grâce à la raison. C’est l’ignorance qui est à l’origine de tous les maux, car elle nous pousse à juger et à mal agir. Il faut donc : « Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre » (B.Spinoza)

La religion fondée sur la superstition et la crainte et sur un ensemble de commandements peut assurer l’ordre de la masse, mais elle asservit l’homme. Il s’agit bien plutôt de suivre la loi divine qui est en nous, car « Tout est en Dieu et Dieu est tout. » Quand notre nature s’accorde à la Nature, grâce à la raison, nous atteignons la joie parfaite.

Spinoza distingue en effet la joie et la tristesse. Chaque chose s’efforce de persévérer dans son être et à grandir vers plus de perfection. Cet effort est appelé conatus. Il se confond en fait avec le désir, un élan vital qui est le vrai moteur de notre vie. La sagesse consiste à se tourner vers ce qui augmente vraiment notre vitalité corporelle et spirituelle, ce qui nous détourne naturellement de toutes les passions « tristes » qui la diminuent. L’éthique spinoziste est donc fort éloignée d’une morale répressive.

Voici le résumé extrêmement clair que nous propose Lenoir : « Toute l’éthique de Spinoza commence donc par la connaissance rationnelle de Dieu et s’achève par un amour de Dieu, lequel se dévoile d’une part par la connaissance de soi, d’autre part par l’intuition de ce rapport entre notre cosmos intérieur et le cosmos entier. Plus nous nous connaissons, plus nous mettons de l’ordre dans nos affects ; plus nous augmentons en puissance et en joie, et plus nous participons à la nature divine et expérimentons cet amour de Dieu.

La béatitude, ou joie parfaite, est donc le fruit d’une connaissance à la fois rationnelle et intuitive qui s’épanouit dans un amour. Non pas un amour entendu dans le sens d’une passion : en ce sens « Dieu n’aime et ne hait personne » (Ethique V, 17, corollaire) Cet amour intellectuel de l’esprit envers Dieu s’épanouit d’autant plus que nous participons à la nature divine. Dès lors, il n’y a plus aucune différence entre l’amour que nous avons pour Dieu, l’amour que Dieu a pour les hommes ou l’amour que Dieu a pour lui. Spinoza admet aussi qu’en ce sens, nous sommes éternels et que cette puissance d’être et de joie survivra à la destruction du corps. » (Lenoir. P. 195)

« La Béatitude n’est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même : et nous n’en éprouvons pas de la joie parce que nous réprimons nos penchants, au contraire, c’est parce que nous en éprouvons de la joie que nous pouvons réprimer nos penchants. » (Ethique IV 42)

Spinoza « une philosophie pour éclairer notre vie » ? Pour ma part, j’ai trouvé la lecture de ce livre particulièrement stimulante et je suis reconnaissante à Lenoir de m’avoir rendu accessible une pensée dense et riche. En lisant et en relisant ce livre, j’ai l’impression de sentir mon propre conatus à l’œuvre vers une joie véritable. Nul doute que cette joie pourrait encore s’accroître si je faisais l’effort d’examiner en quoi elle rejoint la conception bouddhiste  qui éclaire ma vie !

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