Question : Pouvez-vous expliquer ce qu’il faut entendre par « la nature de Bouddha » ?

Réponse courte : la nature de Bouddha n’est pas une nature.

Réponse plus longue : La nature de Bouddha n’est pas une nature. Différents auteurs utilisent le concept de différentes manières. Pour l’élucider, il est donc nécessaire de préciser à quel concept de la « nature de Bouddha » on se réfère. Ainsi, par exemple, une idée commune est que la nature de Bouddha est en quelque sorte le noyau ou l’essence d’une personne – une sorte d’âme.
C’est une idée qui a contaminé le bouddhisme de temps à autre, mais elle n’est pas en accord avec les principes du non-soi, de l’origine dépendante et de la vacuité, principes fondamentaux des enseignements de Shakyamouni. Il s’agit plutôt d’une idée hindoue ou même d’une idée provenant d’une psychologue humaniste. Un Bouddha n’a pas une nature fixe. Un Bouddha est simplement dépourvu de malveillance.

Cependant la présentation du bouddhisme a, historiquement, posé un problème, en ce sens que les gens recherchent et s’accrochent à des expressions positives du Dharma, ce qui conduit à l’apparition de multiples formes d’upaya (moyens habiles) Ainsi l’idée même de « nature de Bouddha » ne remonte pas à Shakyamouni, mais semble avoir été inventée dans la dialectique entre le bouddhisme et les autres religions. En Occident aujourd’hui, c’est une idée populaire parce que les concepts d’âme sont profondément ancrés dans la culture occidentale et, même si les gens peuvent estimer avoir rejeté les idées théistes, ils les réinventent. L’âme devient alors « la réalisation de soi » etc. et la nature de Bouddha peut alors être facilement expliquée selon le même principe. De temps en temps, de grands maîtres – comme Nagarjuna – doivent venir pour démanteler toutes ces constructions. En attendant, si les gens les trouvent utiles, elles ne sont pas entièrement mauvaises, mais elles doivent, un jour ou l’autre, être abandonnées.

L’idée qu’il puisse y avoir quelque chose que l’on appelle « la nature de Bouddha » à « l’intérieur de soi » n’est donc pas bouddhiste. Nagarjuna aurait sans doute dit que s’il y avait une telle entité, alors soit elle agit, soit elle n’agit pas. Si elle agit (c’est-à-dire, si elle accomplit de bonnes actions, par exemple) alors elle ne peut pas être éternelle, et est soumise au changement. Et si elle n’agit pas, elle n’a aucune pertinence pour la vie et l’existence, et représente donc une idée vide de sens. Ni dans l’un, ni dans l’autre cas, cela fonctionne comme étant notre « vraie nature ». Il n’y a pas un agent spécifique, à l’intérieur de nous, qui serait responsable de nos bonnes actions, tout comme il y aurait un diable responsable de nos actions mauvaises et stupides. D’une manière approximative et familière, nous pouvons dire qu’une personne est pour partie ange et pour partie diable, et tant que nous prenons ces expressions de manière légère et poétique, elles font sens, mais si nous tentons de les réifier dans une sorte d’anatomie spirituelle, nous faisons erreur. Le bouddhisme s’oppose à ce genre de réification quelle qu’en soit la forme.

Tout cela a conduit à beaucoup de discussions au Japon dans ce qu’on appelle « la controverse critique du bouddhisme ». Le livre de Hubbard et Swanson, intitulé «  Pruning the Bodhi Tree (Tailler l’arbre de la Bodhi) fournit un excellent matériau sur ce thème. Mon propre livre « A new Buddhism » (Un nouveau bouddhisme) en donne aussi un compte-rendu plus succinct. On pense parfois, par exemple, que croire en la nature de Bouddha rendra les gens meilleurs et, s’il s’agit simplement de voir le meilleur chez les autres, cela est tout à fait justifié. Cependant on a souligné aussi que la logique profonde qui sous-tend cette idée d’un noyau indestructible de bonté chez les gens conduit à la conclusion que même si vous les traitez mal, cela n’a aucune importance, car vous ne parviendrez jamais à détruire ce noyau. Cette idée est fortement développée dans la Bhagavad Gita et c’est contre de telles idées que Shakyamouni s’est élevé. Les bouddhistes critiques au Japon soutiennent que ce mode de pensée est à l’origine de maintes formes de discrimination sociale. Point n’est besoin de faire une analyse détaillée, il suffit d’observer que ces idées peuvent jouer dans les deux sens.

Il peut y avoir une sorte d’arrogance subtile dans le fait de penser que l’on « a » la nature de Bouddha. Il est beaucoup plus salutaire de se concentrer sur son avidya, sur son aveuglement et ses failles. Peut-être ai-je une nature intérieure parfaite – et alors ? Peut-être ai-je une nature propre à commettre des erreurs, à blesser autrui, à être vulnérable – alors il y a beaucoup à faire et c’est une des bases de l’altruisme. Si une personne a vraiment la nature de Bouddha, alors il est probable qu’elle n’en a pas particulièrement conscience, ou pas conscience du tout. Cela peut être remarqué par d’autres, mais si un observateur en parle à cette personne, sans doute celle-ci dira : « Oh non, non je suis simplement une personne ordinaire et stupide. »

Ainsi, dans la Terre Pure, on met l’accent sur notre nature de bombu. C’est la racine de la compassion, de la modestie et de la gratitude. C’est aussi le fondement de la foi. Si nous étions déjà de la nature de Bouddha, pourquoi aurions-nous besoin de l’aide de Bouddha ? Nous aurions déjà tout ce qu’il faut. C’est uniquement quand je reconnais ma nature de bombu que je m’ouvre à la possibilité d’être aidé, à recevoir la grâce qui pourra me sortir de ma condition karmique.

Paradoxalement, au travers de l’humilité de cet acte de foi, je participe aussitôt d’une certaine manière à la liberté et à la vacuité des Tathagatas, car faire cela suppose que j’abandonne ce à quoi je m’attachais auparavant comme étant ma nature. Et c’est ainsi que les Bouddhas, n’ayant aucune nature fixe, sont simplement ce qu’ils sont requis d’être, recevant avec reconnaissance ce qui advient.

Une autre vision, tout aussi pertinente, concernant ce mode de pensée est la question de la conscience. Comme il vient d’être souligné, la personne qui agit comme un Bouddha n’est pas consciente d’être semblable au Bouddha. Les saints sont généralement des personnes humbles, plus conscientes de leurs fautes que de leurs vertus. L’idée courante que l’éveil spirituel dépend de la manière dont on prend conscience de sa nature de Bouddha est, par conséquent, loin de la vérité. Avoir une nature semblable au Bouddha signifie être une personne qui agit à la manière du Bouddha de façon naturelle, et lorsqu’on agit de façon naturelle, on n’en est pas spécialement conscient. Un Bouddha n’est pas intensément conscient – il est naturel. Ainsi Dogen, dans le Genjokoan, dit que les personnes éveillées ne sont pas nécessairement conscientes de l’être. Il est certain que la nature de Bouddha n’est pas une forme de conscience.

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